Guitariste itinérant, Richard se ballade de ville en ville à travers le monde. Ce texte est tiré de son carnet de route.
Marseille, le 21 mai 2009 :
Enfin sorti de ce satané bateau ! L'Algérie c’était pas mal mais les pois chiches me ballonnent. Voyons ce que la porte vers l’Afrique a à m’offrir après 5 ans d’absence. Le palais Longchamp est toujours là, au moins une bonne nouvelle. J’ai toujours été nostalgique de cet endroit pendant mon périple. Je me dois de lui rendre hommage en y jouant mon premier concert marseillais.
Forcément, le public était… Pas très présent. Qu’est donc devenue cette ville ? Pourquoi les gens ne s’arrêtent plus cinq minutes pour apprécier une petite chanson ? Et c’est quoi ce building sortit de terre ? Je sens comme un vent étrange, il n’est plus le même lui non plus.
Cinq ans… C’est long, c’est court mais pas mal de choses ont changées depuis. J’ai dans mes souvenirs une ville méridionale, pas aussi pressée qu’aujourd’hui. Je dois me faire des idées, après tout je viens d’arriver.
Il commence à se faire tard, j’espère que Benjamin habite toujours dans le coin.
Marseille, le 26 mai 2009 :
Dieu existe. Non seulement il me reste des amis dans cette ville mais en plus ils me trouvent du boulot. Je bosse en tant que serveur dans un salon de thé sur le boulevard Longchamp et je peux y donner un concert par semaine. Ça paye pas trop mal, je vais rester là quelques temps et ensuite à moi l’Asie.
Le retour en ville est assez violent. Je me ballade souvent, histoire de prendre le pouls du monde. La rue St. Ferréol me fait peur, c’est tellement oppressant. On dirait l’aorte de la ville, tout le monde se retrouve ici, fait ses petites courses en se dépêchant, avale un café en se dépêchant, fume sa clope en se dépêchant… Elle ne se donne plus le temps de rien. Je me sens comme un corps étranger au milieu de phagocytes, au moindre geste brusque elle m’arracherait la gueule. Je n’ose même pas prononcer le mot « sang » de peur de les exciter un peu plus.
C’est décidé, je vais répandre mon infection sous forme de musique.
Où
est le public ? Putain ! J’en ai bavé pour écrire ces chansons, tout y est mais cette ville n’est même pas capable de s’arrêter cinq petites minutes ! Remarque je comprends, quand dans un pays le
prix du paquet de cigarettes excède un certains seuil, la population fini par craquer.
Je persiste, au moins le salon de thé de Benjamin est là. Les gens y sont un peu obligé de m’écouter. Qui sait ? Avec le temps peut être que ma musique percera l’armure de la ville.
Marseille, le 3 juin 2009 :
Je ne comprend plus rien. Après le chaos de la ville, Ben m’a conseillé d’aller faire un tour du côté des Goudes. Bonne idée, mais il n’y a pas âme qui vive dans ce quartier. J’y ai croisé un chat, un bar ouvert (mais seulement ouvert, il était carrément désert) et une voiture bleu. Même le son de ma guitare était plus fort que le bruit du vent.
J’ai décidé de déprimer un moment, avant de reprendre mon instrument. Je laisse aller mes doigts sur les cases, au grès de mon humeur. Je ne comprend pas. Je n’était pas loin du chaos humain de la ville et là plus rien. Cette ville est donc bien un regroupement de villages. Un dédale de petits coins perdus formant un tout appelé « Marseille ».
Est-ce que les phocéens avaient prévus ça ? Est-ce qu’en donnant de la flotte à son bellâtre, Gyptis avait prévu ça ? Ce caractère difforme de la ville m'effraie, mais je pense pouvoir m’y habituer. Si j’ai réussi à vaincre le désert, une ville ne dois pas être la mer à boire.
Marseille, le 16 juin 2009 :
Souvent je vais sur les toits de la ville pour jouer. Le vent m’accompagne toujours, il est omniprésent dans cette ville. Il transporte mes notes, emporte mes partitions et balaye mes gammes. Tout ça atterri sur la ville et se faufile parmi les rues, au milieu des gens pressés. Qui sait, peut être que mes mélodies ne tomberont pas dans l’oreille d’un sourd.
Ma vue commence à s’habituer à la ville, elle n’est pas si laide finalement. Quand on sait où regarder, on sait où trouver les derniers dinosaures qui savent encore prendre leur temps. La plupart sont sur des bancs, ou à la terrasse d’un café en train de refaire le monde avec leurs amis. Certains regardent le vieux-port, d’autres sont allongé sous un arbre en attendant demain. Les plages en regorgent aussi. Rien de tel qu’une bonne sieste sous un soleil de plomb pour faire ami-ami avec son tube de Biafine.
Ce vieux soleil qui bronze les gens, lui et le vent ont fais la réputation de Marseille. Cette ville attire les peuples de tous les horizons. Toutes les cultures s’y croisent et s’entrechoquent. La langue s’en ressent, le français pratiqué ici est bien différent de celui de Paris ou de Toulouse. Cette ville a son caractère, ce qui fait son charme. La somme de tous les peuples fait Marseille. Cette ville n’est pas française mais méditerranéenne. Elle est la capitale d’un empire perdu dominant la mer. Le soleil y est aveuglant mais mes lunettes noires sont inutiles ici. Je n’ai pas besoin de me cacher pour trouver les clés de mon art.
Je suis ici depuis un peu moins d’un mois mais je suis déjà retombé sous le charme de la ville. Il me faut cependant continuer mon voyage, l’appel de la route est inexorable. Ma soif de voir le monde ne peut s’assouvir mais une chose est sure, quand je serais devenu trop vieux pour voyager je reviendrais mourir ici.
Marseille, le 21 & 22
juin 2009 :
La fête de la musique, étrange. Pourquoi attendre un jour spécial pour sortir son instrument et jouer à qui veut bien l’entendre ? Ma foi, il faut de tout pour faire un monde. Ben en a profité pour me faire jouer toute la journée, voire jusque tard dans ce soir. Je trouve toujours étrange cette habitude d’attendre un jour en particulier pour écouter ce que le voisin a à jouer.
L’autre jour je vis cette diversité propre à la ville, aujourd’hui je l’entend. Même le vent s’est couché pour laisser la musique résonner. Toutes les mélodies s’entrecroisent pour former une magnifique symphonie. Voici donc l’hymne de la ville, on est bien loin de « La marseillaise ». Adieux le chant guerrier, au revoir la violence et bonjour la chaleur.
La fête s’est invitée dans les rues de la ville, le pastis coule et la bonne humeur est de rigueur. Je me laisse emporter par ce vent de folie, toute expérience est bonne à faire. J’aime cette façon de fêter l’arrivé de l’été. Tout en musique et en joie, la chaleur va s’amplifier et les écoles se vider.
C’est fou de voir tant de gens après ma traversée du désert. Ils sont restés pendus à mes cordes tout le long. Seul le bourdonnement du vent parvenait à me gêner. Mon style est imprégné de mes voyages, pas étonnant qu’ils apprécient. Marseille est l’un des carrefours du monde, il n’y a aucune couleur dominante. La ville est d’argent par ces immeubles qui abritent sa population, elle est d’azur par le ciel et la mer qui l’entoure. Mais j’y vois bien plus de nuance que dans sa devise.
Arrivé dans cette ville, je me voyait revenir de loin. Je pensais que j’allais être un étranger de plus parmi les étrangers. J’oubliais que Marseille est le royaume des voyageurs, une étape obligatoire entre l’Europe et l’Afrique. « Marseille brille par ses hauts-faits », je dirais qu’elle brille bien plus par son peuple. Elle est le point de départ d’un vent chaleureux qui souffle à travers le monde.
Un mois déjà, demain un musicien ver repartir sur les routes. Je vais me diriger vers la Turquie avant de rejoindre les Indes. Tu vas me manquer mais je dois repartir, mon voyage est encore loin d’être terminé.
Après une telle aventure, je quittais malgré tout à regret cette terre de Marseille, où l’étranger se sent comme chez lui et l’autochtone toujours un peu étranger… « Marseille appartient à ceux qui viennent du large ». C’est cette vieille citation de Blaise Cendars qui me revient en mémoire à l’instant où le destin, tel un coup de mistral m’emportait déjà loin de la vieille cité.
Je suis dans une période où le temps libre est devenu
précieux, car plus ça va et moins j’en ai. L’autre soir j’avais un peu de ce temps à consacrer à mon hobbie : l’observation. Je me suis laissé entraîner dans un lieu dont l'existence reste à
prouver. Un lieu étrange où la loi Évin n’est qu’un mythe, où le rock vous enivre et où la bière n’est pas chère.
démarquer : un trait rond et des yeux élargis empruntés aux cartoons Disney bien que si déplaisant aux yeux des sceptiques
par un double mea culpa ; d’un du fait de cette longue
période d’attente sans votre lumière hebdomadaire, et de deux à propos d’une grossière erreur faite précédemment : ce n’est bien évidemment pas Patrick Devedjian qui s’était insurgé du
diabolique complot médiatique contre Jean, mais bien l’infâme Frederick Lefebvre (Fred, si tu nous lis, sache qu’on t’aime tous, surtout quand t’es pas là).
Visiblement, cela implique de prononcer
des inepties à la télé alors qu’il y a nettement mieux à foutre. Je vous propose donc un petit jeu mes chers lecteurs :